Gestion du cabinet : comment améliorer sa trésorerie ?
4 questions essentielles à se poser :
- Vos clients respectent-ils les délais de règlement prévus sur vos factures ?
- En cas de retard, vos clients sont-ils relancés rapidement ?
- Avez-vous une parfaite visibilité de votre poste clients (balance âgée, tableau de bord) ?
- Votre cabinet donne t'il une image de rigueur, de suivi de ses dossiers en matière de gestion des prestations facturée ?
Être juriste professionnel demande de nos jours la maîtrise d'un nombre de compétences de plus en plus important. Il faut en effet satisfaire et fidéliser la clientèle, développer son activité, organiser et maîtriser son temps, avoir un minimum de notions en informatique, social, comptabilité et fiscalité ….
Un sujet souvent méconnu, voire occulté, est la gestion et le suivi des comptes clients.
Car attention: trésorerie et comptes clients sont intimement liés.
Nous allons étudier un des leviers fréquemment inexploité pour améliorer sa trésorerie; la gestion des comptes clients.
La trésorerie d'un cabinet, comme pour toute entreprise, est le point de passage obligatoire des encaissements et des dépenses (cf. mensuel hors série Maître mars 2004)
L'objectif d'une trésorerie est d'être au minimum équilibrée, c'est-à-dire suffisante pour faire face aux différents engagements: salaires, charges sociales, dépenses, débours …
Tout déséquilibre de la trésorerie nécessite alors des interventions, souvent effectuées dans la précipitation: apport en compte courant de numéraire, découvert ou emprunt bancaire, report de certaines échéances.
Un des gisements de trésorerie souvent méconnu se trouve au sein de chaque structure: les comptes clients.
Quelque soit le motif (vente de matériel, prestation de service..), lorsque l'on émet une facture, cela équivaut à faire crédit à son client, à prêter de l'argent.
Les caractéristiques de ce "prêt" sont doubles: notion de risque, notion de coût
- Le risque: le client ne paye pas, il est insolvable ou défaillant.
- Le coût de et frais de gestion du crédit clients se retrouvent tout au long de la vie d'une facture: Coûts de financement, coûts de prévention, frais de gestion, frais de recouvrement, érosion de la marge …
Pour minimiser les risques et coûts découlant de la facturation et des comptes clients, il est nécessaire d'en comprendre les enjeux, puis de réfléchir sur les actions et procédures à mettre en place.
Etat des lieux
Le compte clients est le premier emploi de fonds et
représente de 70 à 75% de l'actif.
Il s'agit en fait de la trésorerie immobilisée par les clients.
Le poste clients comprend deux parties :
- Les factures non échues : la date d'échéance n'est pas dépassée, il n'y a pas de retard,
- Les factures échues, la date d'échéance est dépassée, elles sont en retard de règlement.
Le ratio :
montant en retard / total des factures dues détermine le pourcentage de clients qui payent leurs factures en retard. Au delà d'un certain taux, une réflexion suivie de la mise en place d'une organisation ad hoc s'impose.
La gestion des comptes clients : le constat
D'une manière générale, les membres des professions libérales sont rarement cités en exemple quand il s'agit de réclamer le règlement de leurs factures, les raisons les plus souvent mises en avant sont :
- Manque de temps,
- Manque d’organisation et d’outils (procédures, applicatif informatique dédié à ce rôle),
- Manque de formation donc de méthode (comment aborder le sujet),
- Question d’image de la profession,
- C'est un sujet tabou (on ne parle pas de cela avec ses clients)
Pourquoi le client ne paie pas sa facture à la date d’échéance ?
Les motifs de non respect se classent en
trois grandes familles :
- Difficultés financières
- Litiges et contestations
- Retards de paiement "organisés", négligence du client
Chaque motif d'impayé mérite une analyse particulière car il représente des coûts et surtout des risques différents.
- Difficultés financières : ils représentent en moyenne nationale
moins de 10% des motifs de retard, mais le risque de ne jamais être payé est important.
- Litiges et contestations : ils sont relativement rares : une bonne connaissance de sa clientèle ainsi que des motifs de contestation permettent d'en minimiser à terme leur nombre.
A partir du moment ou il n'y a pas de contestations et ou difficultés financières, il faut alors admettre qu'il s'agit de retards "organisés" ou de négligence de la part du client.
Il est important de souligner un point capital :
Une gestion rigoureuse des comptes clients
est totalement compatible avec de bonnes relations avec ses clients :
- La relance fait partie intégrante de l'acte commercial
- Un client, satisfait de vos prestations, respectera une démarche de relance professionnelle et bien faite
- Une relance efficace donne une image: de rigueur, d'organisation, de gestion de ses affaires, de professionnalisme
- Mon avocat répond parfaitement à mes attentes. Il défend mes intérêts, il est précis, rigoureux, respecte scrupuleusement les échéances = compétence
- Mon avocat gère son activité de manière rigoureuse et organisée = image
En résumé : on ne perd jamais un client en le relançant !
Un client satisfait de vos prestations, respectera une démarche de relance professionnelle et bien faite.
Une relance efficace donne une image de rigueur, d'organisation, de gestion de ses affaires, de professionnalisme.
La relance participe à l'image de qualité du cabinet.
Action !
Comprendre les enjeux et admettre la situation actuelle est une chose, agir pour diminuer les retards en est une autre.
Les fondements d'une bonne gestion des comptes client repose sur trois points :
- L'organisation
- La rigueur
- Le savoir faire
Ces points feront l'objet d'une analyse détaillée dans les prochains numéros de la revue Maître
L'organisation
Une réflexion globale au niveau du cabinet est indispensable :
- Procédures : qui fait quoi, quand, comment...
- Les modes de règlement à proposer (imposer ?) en priorité
- Les délais de règlement à présenter au client
- La lettre de mission précise sur le sujet: facturation, mode de règlement, délais de règlement
- Ouverture d'un nouveau dossier : rigueur, informations à collecter en vue d’une éventuelle relance
- Facturation rapide car augmenter le délai entre la prestation, la facturation et le règlement, c’est augmenter la facilité, pour le client, de contester ou discuter les montants en jeu: plus vite je facture, plus vite je serai payer.
- Organisation du suivi des factures en retard: procédure de relance (qui, quand, comment...)
- Tableau de bord : quels indicateurs, qui le prépare, fréquence …
La rigueur
- Remise immédiate des chèques en banque
- Enregistrement des règlements dans les comptes clients: une gestion efficace des relances repose sur des comptes clients mis à jour en permanence
- Relances par écrit systématique (dans quel délai, qui les envoie...)
- Suivi de la procédure de relance rigoureuse, ne jamais laisser un dossier sans suivi
Le savoir faire
La gestion des comptes clients et la relance des factures ne s'improvisent pas et demandent un minimum de formation pour être réellement efficaces.
Une dernière question : que feriez-vous de votre trésorerie si vos clients payaient correctement leurs factures ? Il s'agit, nous l'espérons, d'une prochaine étape.
Michel Guinot
Associé Cabinet Triade
L'expertise et l'optimisation de votre poste clients
Conseil - Formation – Ressources
m.guinot@triadeconsulting.com